Un artiste sonore qui mise sur les arts visuels

Photos : Mathieu Proulx


Photos : Mathieu Proulx

Le créateur sonore Pascal Desjardins est aussi le conservateur de la Collection d’art contemporain des studios Apollo. Il partage ici sa vision sur l’interconnexion du milieu des arts et des affaires.

Soyons francs! Pourquoi un studio de musique devrait-il investir dans les arts visuels?

Dabord, lenvironnement créatif de Studios Apollo porte tout naturellement aux arts visuels. Notre sensibilité aux images et à la composition visuelle, avec laquelle nous travaillons jour après jour, facilite notre appréciation dun tableau ou dune sculpture. Notre clientèle est tout aussi sensible que nous, et apprécie grandement les œuvres qui lui sont présentées. Les expositions dynamisent nos bureaux, suscitent des discussions, ébranlent en quelque sorte le rapport que notre clientèle entretient habituellement avec ses fournisseurs. Cest une plus-value extraordinaire qui démontre que notre sensibilité nest pas confinée à la création sonore. Quant à linvestissement par lacquisition dœuvres dart, cest la suite logique de la culture de notre entreprise : elle la bonifie grandement.

En quoi ce modèle est-il différent de celui des cafés ou des bars qui exposent et vendent des œuvres?

Les deux modèles se ressemblent à première vue, mais notre approche se distingue par la qualité et limportance des œuvres. Le choix des œuvres exposées dans nos locaux est issu dun travail de commissariat sérieux, fait en collaboration avec des galeries dart contemporain réputées. Les artistes présentés sont de calibre international et plusieurs dentre eux sont déjà catalogués dans de grands musées, tels que le Musée dart contemporain de Montréal, ou de grandes collections corporatives privées comme celle de la Banque Nationale.

Pour vous, cest une activité mercantile ou philanthropique avant tout ?

Nous ne cherchons pas à imiter le modèle de vente des galeries d'art. Notre mandat est d’établir un pont, pour linstant en pleine construction, entre deux mondes. Nous voulons présenter le travail de talentueux artistes en art visuel à des créatifs publicitaires, des directeurs de création ou des directeurs artistiques, et tenter de les intéresser aux arts. Notre travail de commissaire est donc beaucoup plus orienté vers le support actif des artistes que vers la vente de leurs œuvres; et si un client sintéresse à une œuvre au point de vouloir lacquérir, tant mieux, notre pont entre les deux mondes aura fonctionné.

Depuis quand tintéresses-tu à l’art ?

Jai étudié en arts visuels à lUniversité de Montréal, aux cotés de Peter Krausz, Serge Tousignant et Pierre Granche, tous de très grandes figures de lart contemporain au Québec. La suite est le développement dune passion démesurée. Je suis de plus en plus impliqué dans le milieu de lart contemporain et je collectionne des œuvres majeures depuis plusieurs années, ce qui ma mené à fonder La petite commission avec Roxanne Arsenault, coordonnatrice à la programmation du célèbre Centre Clark. Nous nous spécialisons dans la production visuelle de contenu sur lart contemporain et dans le curating privé. La petite commission soccupe maintenant des acquisitions de Studios Apollo et des expos qui sont montés dans leurs locaux. Je me définis donc comme un autodidacte pour qui lart contemporain est capital.

Les entreprises qui œuvrent dans le domaine de la communication ont-elles une responsabilité dans la promotion des arts?

Mon travail avec Studios Apollo vise avant tout à intéresser et à sensibiliser notre clientèle à lart, sans égard à la responsabilité. Le marché de lart au Québec est encore en développement, et beaucoup d’éducation reste à faire à ce sujet. Les compagnies comme celles avec qui nous travaillons ont un pouvoir dachat qui pourrait servir à motiver le marché de lart, et très peu dentre elles connaissent les avantages fiscaux de lacquisition dœuvres dart dartistes canadiens. Cest en ce sens plus large que mon travail trouvera tout son sens. Par l’éducation faite au moyen dexpositions dans nos locaux, d’événements où notre clientèle peut rencontrer les artistes exposés, je travaille à faire naître cet intérêt pour lacquisition dœuvres. Il faut motiver le marché de lart, et plusieurs compagnies ont les moyens de sy investir.

Parlez-nous de votre dernière acquisition.

Nous avons acquis dernièrement un superbe tableau de Dil Hildebrand intitulé Peepshow, qui est installé dans les bureaux dApollo à Toronto. Cest une pièce colossale, où lartiste a représenté son studio en faisant côtoyer abstraction et figuration. On y perçoit les lieux comme au travers de différentes médiations picturales. Une pièce imposante et saisissante à voir!